Violences au Mozambique: des centaines de personnes fuient au Malawi

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Au Mozambique, Manuel Bissopo, numéro deux du principal parti d’opposition, la Renamo, a été hospitalisé dans un état grave après avoir été blessé par balle, mercredi 20 janvier, en plein centre de Beira, la deuxième ville du pays. Un acte que la Renamo impute aux forces armées, dans un contexte de fort regain de tensions entre le gouvernement et l’ancienne rébellion. Ces affrontements entre la Renamo et l’armée, dans le nord du pays, ont forcé ces derniers mois plusieurs milliers de personnes à se réfugier au Malawi voisin. Depuis le mois dernier, près de 3 000 Mozambicains ont ainsi fui les violences et s’entassent dans des camps de fortune au Malawi, selon Médecins sans frontières (MSF).

Manuel Bissopo, secrétaire général de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), ancienne rébellion de la guerre civile (1976-1992) devenue le principal parti d’opposition, a été blessé par balle, par un commando armé.

Selon son parti, il a été attaqué par des militaires de l’armée en sortant d’une conférence de presse, à Beira. Manuel Bissopo, qui est également député à l’Assemblée mozambicaine et au Parlement panafricain, est hospitalisé dans un état grave. La police a confirmé l’attaque contre le député, mais pas l’identité des assaillants.

Depuis juin, des affrontements sporadiques éclatent régulièrement dans le nord du pays, entre les forces gouvernementales et la Renamo qui a rejeté les résultats des élections présidentielles et législatives de 2014.

Les tensions sont encore montées d’un cran lorsque la Renamo a annoncé son intention de s’emparer du pouvoir, d’ici mars, dans six des onze provinces du pays.

Près de 3 000 réfugiés en un mois

Les affrontements de ces derniers mois ont forcé plusieurs milliers de personnes à se réfugier au Malawi voisin. Joint par RFI, Amaury Grégoire, chef de mission MSF au Malawi, estime que près de 3 000 Mozambicains ont traversé la frontière, depuis le mois dernier. Ils s’entassent dans des camps de fortune.

« Les personnes que nous assistons, au niveau médical, arrivent dans un état de fatigue assez importante et de stress relativement évident, avec des rapports et des histoires qui relatent des conflits dans la zone d’origine d’où ils viennent. Ils font état de combats, de maisons brûlées, d’interventions militaires de la part de l’armée et d’autres actes de violence qu’ils ont observés », a précisé à RFI le chef de mission MSF au Malawi.

« Notre focus au niveau de Médecins sans frontières est d’apporter les soins aux personnes qui sont arrivées. Donc évidemment, on apporte un soin médical aussi bien pour les soins physiques que pour les soins psychologiques pour ceux qui en ont besoin. Dans ce cadre-là, on écoute bien sûr les patients.

Ceci étant, nous n’avons pas pu vérifier nous-mêmes la véracité des histoires qui ont été données par rapport aux combats de l’armée nationale. Nous ne voyons que des civils qui sont arrivés.

Nous voyons également beaucoup d’enfants atteints de malaria. 30% des tests que l’on fait sur les enfants sont positifs. Nous sommes donc dans une situation avec très peu d’eau disponible, avec des conditions sanitaires inquiétantes et avec beaucoup de maladies, notamment la malaria », a ajouté Amaury Grégoire.

Par RFI
Publié le 23-01-2016

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Robert Mugabe de retour au Zimbabwe après des rumeurs sur son décès

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La rencontre du président zimbabwéen avec le président de la Guinée Equatoriale, samedi, a mis fin aux rumeurs qui avaient annoncé son décès.

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a rencontré samedi 23 janvier, pendant plusieurs heures, son homologue de la Guinée Équatoriale Teodoro Obiang Nguema, au lendemain de son retour à Harare après un mois de vacances en Asie, démentant les récentes rumeurs qui avaient annoncé son décès.

Robert Mugabe qui aura 92 ans le mois prochain, a tenu une réunion de plus de trois heures, samedi après-midi avec M. Obiang pour des discussions bilatérales sur la paix, la sécurité et le terrorisme en Afrique, au palais présidentiel d’Harare, a constaté l’AFP.

Cette apparition publique met fin aux rumeurs qui ont agité le Zimbabwe ces dernières semaines, annonçant que le président avait eu une crise cardiaque fatale au cours de ses vacances en Asie.

Interrogé sur ses congés, le président zimbabwéen a refusé de répondre mais a appelé les médias à écrire davantage d’articles positifs sur le continent africain et ses leaders.

« Nous avons le sentiment que nos journalistes devraient mieux faire leur travail qu’ils ne le font », a-t-il lancé à la presse à la sortie de sa réunion.

Rumeur de crise cardiaque

« Le président Mugabe et la Première Dame Grace Mugabe sont arrivés au pays la nuit dernière (vendredi), infirmant les faux articles qui indiquaient qu’il avait eu une crise cardiaque pendant ses vacances annuelles », écrivait samedi The Herald, le quotidien pro-gouvernemental.

Robert Mugabe qui est le plus vieux chef d’Etat en exercice au monde, dirige le Zimbabwe depuis son indépendance en 1980.

Malgré son grand âge, il continue de délivrer de longs discours en public. Plusieurs observateurs se sont interrogés l’an dernier sur son état de santé après une chute, devant les caméras du monde entier, sur un tapis rouge alors qu’il rentrait d’un sommet de l’Union Africaine.

En septembre, il a lu pendant 25 minutes un discours mot pour mot identique à celui qu’il avait prononcé un mois plus tôt, manifestement sans s’en apercevoir.

En 2011, Wikileaks avait dévoilé un télégramme diplomatique américain datant de 2008, affirmant à l’époque que le président zimbabwéen souffrait d’un cancer de la prostate et n’avait plus que cinq ans à vivre.

Sous sa férule, le Zimbabwe s’est terriblement appauvri dans les années 2000. Des centaines de milliers, voire des millions, de ses concitoyens ont émigré en Afrique du Sud et, à la suite d’une hyper-inflation, le Zimbabwe a supprimé sa propre monnaie pour utiliser désormais le dollar américain.

VOA avec AFP | 23-01-2016

Le procès des révolutionnaires angolais, grand théâtre de l’absurde

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Ceci est un article-fleuve sur un procès-fleuve. Pour Le Monde Afrique, António Setas, à Luanda, a suivi jour après jour le théâtre d’une justice angolaise indigne. Les audiences, interrompues pendant les fêtes, doivent reprendre le 25 janvier.

Dix-sept « revús » (révolutionnaires) opposants au président angolais José dos Santos sont jugés depuis le 16 novembre 2015. Arrêtés le 20 juin de la même année, ils ont été pris, selon l’accusation, en « flagrant délit de coup d’Etat ». Leur crime : s’être réunis autour du dernier ouvrage du philosophe et journaliste Domingos de Cruz : Outils pour détruire un dictateur et éviter de nouvelles dictatures (éd. Mondo Bantu, 2015). « Un flagrant délit de lecture de bouquin », ont ironisé les commentateurs.

Leur procès, qui tourne à la mascarade, est en passe de figurer au Guinness des records, se gausse la presse angolaise d’opposition. Censé durer quatre jours, il n’est toujours pas achevé. Le 18 décembre, après cinq semaines d’audiences interminables, le parquet, dans un accès soudain de générosité, a estimé que les dix-sept « revús » pourraient passer Noël chez eux et les a placés en résidence surveillée. Selon les mots de l’opposant historique Rafael Marques, « la justice angolaise ne sait plus sur quel pied danser ».

Les audiences ont repris le 11 janvier, mais, comme seuls deux témoins convoqués sur cinquante se sont présentés, elles ont été une nouvelle fois ajournées au 25 janvier.

Les débats se tiennent à la cour de Benfica, qui rapidement surnommée « théâtre provincial », tant le procès a été mis en scène par le régime à grand renfort de transmissions en direct. La pièce est en effet étonnante et pleine de rebondissements. Voici ses principaux personnages :

Le juge Januário Domingos, magistrat entièrement dévoué aux basses œuvres du régime Dos Santos.
La procureure Isabel Fançony-Nicolau. Elle travaille depuis longtemps en duettiste avec le juge Domingos. Si peu à l’aise dans son rôle qu’elle change constamment de coiffure et force sur le maquillage.
Le philosophe Domingos de Cruz, universitaire. Il est l’auteur de l’essai Outils pour détruire un dictateur et éviter de nouvelles dictatures qui a servi, le 20 juin 2015 de prétexte à l’arrestation des « revús ».
L’accusé-star Luaty Beirão, 33 ans, rappeur charismatique. Il a la double nationalité angolaise et portugaise. Sa grève de la faim de trente-six jours, débutée le 30 juin 2015 a alerté l’opinion internationale sur le sort de ses compagnons.
« Revú 1 » Manuel Nito Alves, 19 ans. Malgré son jeune âge, il a un passé conséquent contestataire. Déjà incarcéré dix fois, il avait déjà été emprisonné en 2013 pour avoir imprimé des tee-shirts avec des slogans hostiles à Dos Santos.
« Revú 2 » Mbanza Hamza. Il n’a pas hésité à affirmer devant la cour que « Dos Santos est un dictateur », et que les lois angolaises sont constamment bafouées par « un régime arrogant ».
« Revú 3 » Sedrick de Carvalho, 25 ans. Cet étudiant en droit est journaliste depuis 2011. Il travaille pour l’hebdomadaire d’opposition Folha8. Il a menacé de se suicider s’il n’était pas libéré.
L’avocat Luis do Nascimento, défenseur de dix des « revús ». Manie volontiers l’ironie cinglante. Ses collègues sont, notamment, David Mendes, Zola Bambi ou Walter Tondela.
Le traître Valdemiro da Piedade est un agent du régime ayant infiltré les « revús » et tourné une vidéo que les juges ont tenté d’utiliser comme « preuve irréfutable » de tentative de coup d’Etat. Il a d’abord été présenté par le juge sous le faux nom d’Agathon Dongala Camate.
Le plaisantin Albano Pedro, juriste, a publié sur sa page Facebook une liste de noms susceptibles de former, selon lui, un « gouvernement de salut national ». La plupart des « revús » y avaient un poste ministériel bidon. La blague a été prise très au sérieux par le régime, qui a choisi d’y voir un vrai projet révolutionnaire.
António Setas, contributeur du Monde Afrique à Luanda, a tenu le journal de ce procès interminable qu’il compare à une « partition de house music ».

Lundi 16 novembre 2015 : pieds nus

En ce premier jour du procès, plusieurs des dix-sept accusés se sont présentés pieds nus au tribunal pour protester contre leur détention. Certains avaient écrit des messages sur leur uniforme pénitentiaire. Les journalistes n’ont pas eu le droit d’assister à l’audience et plusieurs observateurs de l’Union européenne, du Portugal et des Etats-Unis ont été interdits d’entrer dans le tribunal, selon des médias angolais.
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Les deux premiers jours ont principalement consacré à la lecture de l’acte d’accusation par le juge Januário Domingos. Ce dernier évoque un « complot formé pour destituer les membres des organes de souveraineté de l’Etat, en particulier le président de la République, surnommé “dictateur”, et de les remplacer par des gens choisis par le groupe ». D’après le magistrat, qui cite le procureur général João Maria de Sousa, les dix-sept accusés « avaient l’intention de se diriger vers le palais présidentiel en brûlant des pneus afin d’expulser le président Dos Santos en cas de résistance de celui-ci à la pression des manifestants ».

Mercredi 18 novembre : « théâtre de marionnettes »

La journée a été marquée par l’interrogatoire de Domingos da Cruz, journaliste de l’hebdomadaire d’opposition Folha8, professeur d’université et écrivain, considéré par l’accusation comme le « cerveau » des « revús ». Le parquet a voulu savoir s’il était le « chef » du groupe et quel était son but en écrivant son livre Outils pour détruire un dictateur et éviter de nouvelles dictatures.

L’universitaire a répondu qu’il n’était le chef d’aucun groupe et que son ouvrage n’avait qu’un but académique, ajoutant que toutes les réponses à ces questions se trouvaient dans le livre lui-même. Mécontent, le juge Januário Domingos a aussitôt ordonné la lecture de l’ouvrage dans son intégralité pour confondre son auteur ! L’avocat David Mendes, exprimant son incrédulité, a demandé à s’absenter de la salle, déclarant que le procès n’était qu’un « théâtre de marionnettes ».

Jeudi 19 et vendredi 20 novembre : lecture intégrale

Les audiences du jeudi et du vendredi ont été dédiées à la lecture intégrale du livre de Domingos da Cruz qui compte 183 pages. L’avocat David Mendes a de nouveau quitté la salle, dénonçant une tactique pour allonger le procès, qui fut effectivement prolongé d’une semaine.

Lundi 23 novembre : droit… au silence

La deuxième semaine a débuté par de nouvelles auditions du journaliste Domingos da Cruz qui ont tourné court puisque l’écrivain a fait valoir son « droit au silence », refusant de répondre aux questions du président. L’universitaire opposant était par ailleurs accusé d’avoir reçu des financements de l’étranger, alors qu’aucun virement n’a été constaté sur son compte bancaire. Le président a donc fait procéder au visionnage de trois vidéos susceptibles, selon l’accusation, de prouver que les prévenus étaient effectivement en train de fomenter un coup d’Etat.

L’une des vidéos est censée illustrer de quelle façon se déroulaient les réunions du groupe. La diffusion de ces images, prises en caméra cachée, a entraîné les protestations des avocats des accusés, qui ont exigé de savoir comment ces documents avaient été obtenus et de connaître l’auteur des images, dont le nom ne figure dans aucun procès-verbal. Selon toute vraisemblance, les scènes ont été filmées par une taupe ayant infiltré le groupe des « revús ». Les avocats ont exigé que celui-ci vienne témoigner à la barre.

Les débats de la journée, qui se sont poursuivis pendant sept heures, n’ont été que la répétition monotone des interrogatoires de la semaine précédente. On peut légitimement y voir, de la part de la cour, une tentative d’épuiser physiquement les prévenus, obligés depuis le début des audiences de se lever tous les jours à trois heures du matin. « C’était une simple répétition du premier interrogatoire », a déploré l’un des avocats des accusés, Luis do Nascimento, qui a ajouté : « Ce n’est pas un crime d’avoir des idées, ce n’est pas un crime d’écrire des livres ! Comme nous l’avons maintes fois déclaré, les prévenus n’ont fait qu’exercer leur liberté, inscrite dans la Constitution. »

Mardi 24 novembre : avocat interdit de parole

Contrairement au programme prévu, toute la matinée a été consacrée à la remise en ordre des procès-verbaux des jours précédents. C’est seulement dans le courant de l’après-midi qu’a été auditionné l’accusé Nuno Álvaro Dala, l’universitaire considéré comme l’un des principaux inspirateurs des « revús ».

L’audition a été marquée d’emblée par un incident cocasse. Lorsque Me Walter Tondela a voulu aller saluer son client, il a en été empêché par les gardiens de la prison. Une réaction approuvée par le juge Domingo, qui a estimé que l’avocat n’avait pas le droit de parler à Nuno Álvaro Dala sans son autorisation. Cette atteinte – inédite – aux droits de la défense, a conduit Me Tondela à quitter la salle en signe de protestation.

Les juges ont ensuite posé à Nuno Álvaro Dala les trois mêmes questions qu’aux accusés précédents, à savoir : « Dites-nous qui est le chef du groupe ? », « Aviez-vous l’intention de prendre d’assaut le palais présidentiel ? », « Disposiez-vous de soutiens financiers de l’étranger ? »

L’accusé a gardé le silence, sauf pour déclarer qu’il ne parlerait qu’en présence de son avocat.

Mercredi 25 novembre : le fourgon cellulaire

L’interrogatoire de Nuno Álvaro Dala a continué d’occuper la majeure partie des débats. Celui-ci, en préalable, a déclaré à la cour qu’il n’avait pu avoir, ni lors de son arrestation, ni lors de la détention, connaissance d’un mandat d’arrêt à son encontre. Il a par ailleurs fait savoir que sa famille n’avait jamais été informée de son lieu de détention, avant de balayer les accusations de tentative de coup d’Etat : « Je n’avais pas l’intention de préparer de tels actes. »

L’accusation l’a interrogé sur sa présence sur la liste, publiée comme une blague sur le compte Facebook du juriste Albano Pedro, d’un « gouvernement de salut national » destiné à remplacer le pouvoir en place. Dala a affirmé qu’il avait appris l’existence de cette liste bien après sa publication et que, par ailleurs, elle n’avait aucun lien avec les activités des « revús ».

En ce qui concerne le financement du groupe, il a affirmé qu’il y en avait aucun, puisque les jeunes se contentaient de débattre de la situation politique et sociale de leur pays.

Autre incident notable : David Mendes, le conseil d’Itler Jessy Chiconde, a fait savoir que son client avait été retrouvé inconscient dans le fourgon cellulaire qui le conduisait de la prison au tribunal. « C’est un véhicule complètement fermé, sans air, et il a failli y mourir après y avoir passé une heure », s’est insurgé l’avocat.

Jeudi 26 novembre : public acquis

Un incident a une fois encore perturbé le début de l’audience. Un journaliste à la radio Voz de America (« la voix de l’Amérique »), s’est vu interdire l’entrée du tribunal. Un blocage sans doute liée au post publié par le journaliste sur son compte Facebook où il signale que la salle d’audience est majoritairement occupée par des membres des services secrets angolais.

La cour a ensuite procédé à la fin de l’interrogatoire de Nuno Álvaro Dala. Malgré les protestations de la défense, une vidéo a été diffusée où Domingos da Cruz évoque un complot destiné à chasser du pouvoir le président Dos Santos et son gouvernement. Le procureur a demandé à Dala s’il était présent ce jour-là. Celui-ci a refusé de répondre.

L’après-midi a été entièrement consacrée à l’interrogatoire de Mbanza Hamza. Le « revú » a dû écouter la même partition que ses camarades. Comme eux, il a demandé au juge d’exercer son « droit au silence ». Interrogé sur la façon dont il avait l’intention de combattre la « supposée dictature », Mbanza Hamza a tranquillement déclaré qu’il comptait agir « en plein exercice de (sa) citoyenneté », « refusait de se taire face à l’injustice », « entendait protester contre des lois iniques » et ne s’interdisait pas de dire que « nous vivons sous une dictature ».

Vendredi 27 novembre : « régime arrogant »

Suite et fin de l’interrogatoire de Mbanza Hamza. Lorsque le juge lui a demandé s’il considérait que le président Dos Santos était un dictateur, celui-ci, devant un tribunal embarrassé, a répondu : « Oui, Dos Santos est un dictateur, l’Angola n’est pas une démocratie et les lois y sont constamment bafouées par un régime arrogant. »

La journée s’est achevée par une annonce du juge Domingos. L’auteur des vidéos mettant en cause les 17 « revús », Agathon Dongala Camate, va être convoqué en qualité de témoin. Cette décision fait suite, selon le journal indépendant Rede Angola, à la demande faite à la barre par l’avocat Walter Tondela, réclamant que cet agent du régime, qui avait infiltré les « revús », se présente à l’audience.

Lundi 30 novembre : mensonges et montages

La troisième semaine a commencé par l’interrogatoire d’Inocêncio António de Brito. Le juge comme le procureur, décidément fans de musique répétitive, ont tenté de soutirer des preuves de la fameuse « tentative de coup d’Etat » à l’accusé. En vain. Celui-ci est resté la plupart du temps silencieux.

L’après-midi, le juge a fait projeter une vidéo où Luaty Beirão et Domingos da Cruz conversent de démocratie et de dictature. Interrogé sur ce document, Inocêncio António de Brito a déclaré qu’il n’avait rien à en dire : « Pour cela, il faudrait que je puisse voir le document d’origine, parce que celui-ci est manifestement un montage. »

Le juge Domingos a annoncé que les débats du lendemain seraient justement consacrés à l’audition de Luaty Beirão.

Mardi 1er décembre : vrais faux documents

Pour Luaty Beirão, le rappeur gréviste de la faim et accusé vedette du procès, le juge avait préparé pas moins de cinquante questions. A toutes celles qui portaient sur ses prétendus penchants violents, il a répondu par la négative. Pour celles d’ordre plus général, le rappeur s’est montré plus prolixe. Son aplomb a pétrifié la cour et a fait le bonheur de ses partisans dans l’assistance.
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Le juge : « Le président est-il un dictateur ? »

Luaty Beirão : « Oui, c’est un dictateur ! Le président de la République, José Eduardo dos Santos viole constamment la Constitution et la loi. Il est depuis trop longtemps au pouvoir et doit le quitter au plus vite. »

Dans l’après-midi, rien de notable, si ce n’est la présentation de trois faux documents administratifs, dont Luaty Beirão serait, selon la cour, l’auteur. Celui-ci a rétorqué qu’il ne connaissait pas ces documents et qu’il n’avait de ce fait rien à en dire.

Mercredi 2 décembre : « emprisonner 80 % des Angolais »

L’audience a été marquée par le silence de Luaty Beirão et par la présentation d’une nouvelle vidéo, celle-là même qui a servi de base à l’enquête du juge Domingos. Ce film montre un tableau noir couvert de gribouillis dont la plupart sont illisibles, avec des flèches partant dans tous les sens, où apparaissent les mots « presse, pouvoir religieux, manipulation » ainsi que les initiales du président « JES ».

Les images étaient censées apporter des preuves irréfutables des intentions « conspiratives » des « revús ». Pour Luis do Nascimento, avocat de 10 des 17 inculpés, la mise en avant par l’accusation de ce tableau est tout simplement « délirante ». « Je pense, a-t-il argumenté, que si on enregistrait les conversations des gens chez eux, il faudrait emprisonner au bas mot 80 % de la population angolaise… »

Jeudi 3 décembre : délocalisation

L’interrogatoire du « revú » de 22 ans, Arante Kiruvu, étudiant en philosophie, a commencé. Le juge lui a posé la sempiternelle liste de questions, à laquelle, comme la plupart des autres accusés, il n’a pas répondu. Seul fait notable, un incident un journaliste du site Central Angola 7311 a été empêché d’entrer dans la salle par les policiers qui agissaient, ont-ils dit, sur « ordre supérieur ». Ces messieurs attendaient la consigne d’un chef, lequel est resté introuvable…

De fait, depuis le début, les autorités ont hésité sur l’ouverture du procès, la difficulté consistant à le faire couvrir par la presse officielle. Dès le lendemain de la première audience, diplomates et journalistes se sont vus interdire l’entrée de la salle. Face aux protestations, locales mais aussi internationales, le tribunal s’est « délocalisé ». Il a quitté le centre-ville de Luanda pour prendre ses quartiers à la 14e chambre de la Cour provinciale, à Benfica, au sud de la capitale, dans une salle minuscule pouvant à peine accueillir cinquante personnes. Face au tollé général, la cour a dû aménager une salle vidéo où journalistes et observateurs étrangers pourraient suivre les audiences. A condition toutefois qu’ils n’utilisent ni magnétophones, ni caméras. A l’exception de la presse inféodée au régime, dont les honorables représentants pouvaient, eux, exhiber sans crainte leur matériel dernier cri.

Vendredi 4 décembre : témoins avec des faux noms

Témoignage ce matin de l’accusé Evaristo Albano « Bingo-Bingo ». Celui-ci a répondu aux questions des juges en mettant en avant ses convictions pacifistes : « Je défends l’alternance, a-t-il dit, mais seulement par les élections. » On a appris par ailleurs que les « revús » ont écrit une lettre ouverte au président Dos Santos, pour obtenir un procès « digne », et menacé, dans le cas contraire, d’entamer une grève de la faim. Enfin, une des « taupes » ayant filmé secrètement une réunion des « revús » a été formellement identifiée. Le juge a promis qu’il serait entendu comme témoin, mais sous un faux nom !

« Bingo-Bingo » porte désormais des lunettes, à l’instar de trois autres accusés, Manuel Nito Alves, Arante Kivuvu et Nuno Álvaro Dala. Ils ont été maintenus pendant plusieurs semaines dans des cellules où l’obscurité était totale et, depuis leur retour à la lumière, souffrent de graves troubles de la vue. Luaty Beirão a lui aussi été placé un mois dans une cellule sans lumière pour avoir protesté contre les conditions de détention infligées à ses camarades. Ce type de torture était déjà utilisé contre les prisonniers politiques portugais avant la chute de la dictature en 1974.

Du vendredi 5 au lundi 14 décembre : répétitions

On se demande si on assiste à un procès ou à des répétitions de théâtre. Les juges reprennent inlassablement la même litanie : lecture du casier judiciaire de l’accusé, suivie de la même liste de questions que le public, à force, pourrait reprendre en chœur. Pour ce qui est des vidéos « frelatées », qui, selon la défense, ne servent qu’à « laver le cerveau des Angolais mal informés », les accusés ont suivi les conseils de leurs avocats en ne prononçant par un mot à leur sujet. Ces pièces n’ont en effet, selon la défense, aucune valeur juridique.

La monotonie du procès a été rompue deux fois. Le premier coup d’éclat a eu lieu lors de l’audience du 8 décembre, avec l’interrogatoire de Sedrick de Carvalho, journaliste à l’hebdomadaire d’opposition Folha8. Questionné par le juge sur son identité et son casier judiciaire, il a déclaré qu’il répondrait seulement sur les faits liés à la présente affaire. Cette réponse a fait sortir le juge de ses gonds : « Vous n’avez pas de leçon à me donner, s’est-il emporté. Allez plutôt enseigner vos théories aux détenus en cellule ! »

Sedrick de Carvalho a ensuite nié être activiste et a signalé au magistrat qu’il avait seulement couvert l’événement en sa qualité de journaliste. Quand le juge lui a demandé la raison de sa présence lors de la réunion, alors qu’il prétendait ne pas faire partie du groupe, l’accusé a répondu tout à trac : « Votre Honneur, à ma connaissance, il n’y a pas de loi interdisant aux citoyens de participer à des débats. »

Devant l’insistance du juge qui voulait connaître le contenu des discussions, l’accusé est resté de marbre : « Je ne vois pas la pertinence de la question, car un débat n’est pas un crime. » Sedrick de Carvalho a encore fait monter la tension en publiant, le 11 décembre, une lettre ouverte à plusieurs personnalités du régime, dont le président Dos Santos, où il dit envisager de se suicider s’il n’est pas libéré, puisque son seul crime est d’avoir assisté à un débat.

La veille, le 10 décembre, la télévision publique angolaise a diffusé un document censé apporter « toute la vérité » sur l’affaire, produit par la police secrète et filmé le 23 mai 2015 lors d’une conférence de Domingos da Cruz. On y voit Manuel Nito Alves, tenir des propos hostiles à Dos Santos. Problème : il s’est avéré que le « revú » n’était pas en Angola à cette date… Il s’agissait d’un montage avec des images datant de 2014.

Pour railler ce type de manipulation, un post circule désormais sur Facebook où l’on voit et entend le président Dos Santos en plein discours, en train de débiter des horreurs sur son parti, le MPLA, et aussi sur lui-même… Il y déclare notamment que ses propres militants sont des voleurs, des corrompus et des assassins, dont le seul problème est de parvenir à dépenser tout l’argent qu’ils ont volé !

Mercredi 15 décembre : coup de théâtre

Un autre coup de théâtre a complètement changé la physionomie du procès. Le 15 décembre, la représentante du parquet, Isabel Fançony-Nicolau, a fait savoir qu’il serait bon que les « revús » passent les fêtes de Noël chez eux, sous le régime de la « prison domiciliaire ». La procureure avait pour cette annonce adopter une coiffure étrange cachant son visage, comme si elle voulait qu’on ne la reconnaisse pas.

L’avocat Davis Mendes a alors fait part de sa surprise devant cette soudaine générosité. Une miséricorde qui reste du genre « musclé ». Si les accusés ont pu regagner leur domicile, ils sont sous la garde, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, de 150 policiers d’élite. Leur cadeau de Noël pourrait venir au printemps 2016 : l’ONG londonienne Index on Censorship a inscrit les « revús » emprisonnés sur sa liste de nominés pour son prix de la liberté d’expression, qui sera décerné en avril. En 2015, l’opposant angolais historique Rafael Marques avait remporté le prix dans la catégorie « journaliste ».

Lundi 11 janvier 2016 : l’appel au pardon

Après la pause des fêtes, le procès a repris le 11 janvier pour se clore le 14 janvier. Devaient notamment être entendus le chef du Service de renseignement et de la sécurité militaire et des forces armées angolaises (FAA), António José Maria, et deux lieutenants-colonels de la FAA, ainsi que Valdemiro da Piedade et Domingos Francisco, les deux « taupes » ayant tourné les vidéos utilisées par les procureurs comme preuve contre les 17 accusés. Le premier, Valdemiro da Piedade, a d’abord été présenté sous le faux nom d’Agathon Dongala Camate. Les agents du régime ont reçu des menaces de mort dès que leur nom a été rendu public, si bien que les « revús » ont appelé au pardon et à la réconciliation avec ceux qui les avaient infiltrés et trahis.

Mardi 12 janvier 2016 : fin d’un début ou début d’une fin ?

Sur les cinquante personnes convoquées à la barre, principalement des membres du pseudo « gouvernement de salut national » publié par le juriste comme une blague sur son compte Facebook, deux seulement s’étaient présentées à l’audience le 11 janvier. Le lendemain, aucune… Le juge Domingos a donc décidé d’ajourner le procès, qui doit reprendre le 25 janvier. Normalement. Car, comme on a pu le constater, la justice angolaise, pas très à cheval sur le respect des procédures, est d’une richesse infinie en matière de contretemps.

L’opposant Rafael Marques, lui, a publié sur son site Maka Angola une conclusion provisoire aux cinq premières semaines de procès, affirmant que le régime s’était engouffré dans une impasse :

« Ayant pris la décision de sortir les “revús” de prison et les mettre en résidence surveillée, on pourra dire, en citant Churchill, que cette mesure est la fin d’un début et le début d’une fin. Ce procès a mis en lumière un régime traqué et perdu. Etant donné l’ineptie juridique des acolytes de JES qui ont renversé toutes les barrières juridiques, la question qui se pose est (…) : il va faire quoi, maintenant, José Eduardo Dos Santos ? La “prison domiciliaire”, en prétendant prouver la clémence de la justice angolaise, montre juste l’inverse : les décisions sont [ici] sans fondement légal et totalement livrées à l’arbitraire. »

Par António Setas (Contributeur, Le Monde Afrique, Luanda)

Le Monde.fr Le 22.01.2016 à 20h45

Le terrorisme, les puissances occidentales et nous

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Toutes les questions ne sont évidemment pas (encore) posées ou évoquées après la terreur à Ouaga. L’on prend même souvent soin de ne pas poser certaines questions et de les examiner d’assez près. Pourtant certaines des questions contournées ou tues sont opportunes et fondamentales quand on parle aujourd’hui du terrorisme en Afrique.

Or parmi ces questions, la plus opportune me semble celle de savoir, non pas si l’aide des puissances occidentales (français et américains) présentes sur notre sol et dans notre sous-région sahélienne est utile ou pas, mais bien la question de savoir analyser, situer et évaluer où et à quel niveau précis cette aide est nécessaire et utile ou pas. Car dire que nous n’aurions pas besoin de cette aide occidentale, ou même que la présence de ces puissances impériales sur notre sol n’est pas souhaitée, ça n’est pas une question mais une réponse, immédiate comme réaction. De même que la réaction contraire qui consisterait à affirmer que nos pays sont condamnés à la terreur jihadiste sans les occidentaux n’est pas une question mais une réponse.

La question simple est : au vu des attaques perpétrées au Mali et récemment au Burkina, où les occidentaux nous aident-ils à lutter contre le terrorisme ? Où, c’est-à-dire de quel côté, à quel niveau. Les experts et les politiques et autres officiels nous répondront évidemment que c’est « à tous les niveaux », et ils citeront forcément les renseignements et l’expertise des occidentaux. Or c’est précisément là, sur ces deux points, que tout se complique et devient questions :

1) Ce qui vient de se passer contre Cappuccino et Splendid hôtel à Ouaga montre bien que personne n’a évidemment et malheureusement rien vu venir côté renseignements, et des deux côtés burkinabè et occidental. On ne va pas en rendre responsables et coupables les puissances occidentales, puisqu’elles ne peuvent se substituer à nos États qui, même très pauvres, restent souverains (les africains eux-mêmes tiennent souvent à le rappeler). C’est donc d’abord et exclusivement sur le seul Burkina Faso que portent et se concentrent les analyses et les interrogations, et notamment sur le passé récent de sa politique intérieure : Blaise Compaoré, RSP, Diendéré ne seraient-ils pas ceux qui ont fait défaut au Burkina pour devancer les attaques ? Et tout le monde ou presque, cdpiste ou pas, de s’engouffrer dans cette unique voie d’explication

L’argument selon lequel les dernières attaques à Ouaga seraient, même en partie, dues au démantèlement du RSP qui aurait alors fragilisé les services de renseignement burkinabè ne tient pas deux secondes la route : car alors les terroristes allaient plutôt frapper Ouaga plus tôt, et pas maintenant ! Plus tôt, c’est-à-dire pendant la Transition, au cours de laquelle le Burkina a essuyé certes des attaques, mais des attaques périphériques limitées à ses seules frontières. Plus encore, les terroristes jihadistes auraient frappé d’autant plus Ouaga ou Bobo sous la Transition qu’ils sont ou étaient, nous dit-on, les amis de Blaise Compaoré, sauf à nous avouer ou révéler que le putsch de Diendéré était une attaque jihadiste ! Retournons au contraire les questions et demandons :

a/ Pourquoi les jihadistes n’ont pas frappé le coeur du Burkina pendant la Transition ? On devrait alors plutôt reconnaître que le Burkina était peut-être plus ou mieux surveillé et renseigné sous la Transition que maintenant (ce qui ne signifie en rien qu’il faille prolonger cette Transition ou y revenir) !…

b/ Nous fallait-il conserver et subir un terrorisme intérieur pour ne pas mourir du terrorisme jihadiste venu de l’extérieur ? Le Burkina avait-il le choix entre un bon terrorisme de maison et un mauvais terrorisme barbu de l’extérieur ? Ceux qui n’analysent les attaques de Ouaga en ayant comme plan que la seule situation nationale du Burkina risquent de s’enfermer inutilement et dangereusement dans cette impasse d’un choix entre deux terrorismes qui, dans tous les cas, n’aurait été qu’un mauvais choix par et pour les burkinabè…

Donc, tout de même, et sans accusation ni culpabilisation trop faciles, l’analyse se doit, au lieu de s’enfermer étroitement dans cette unique piste d’explication des attaques anti-Cappuccino et anti-Splendid, de ne pas oublier ou faire semblant d’oublier qu’il y a AUSSI la présence occidentale dans notre pays, présence dont l’unique raison est de nous aider à lutter contre le terrorisme, en même temps que ces puissances occidentales se protègent elles-mêmes de ce terrorisme.

Or, si le Burkina se retrouve fragilisé de l’intérieur au lendemain des élections présidentielles et législatives, cela ne pouvait échapper aux puissances occidentales qui y sont présentes pour combattre le terrorisme ! Les occidentaux ne peuvent pas dire qu’ils ne connaissaient pas la situation du Burkina avant les attaques, eux qui ne sont censés être au Burkina et dans le sahel que pour veiller contre le terrorisme ! On est donc en droit de penser que si le nouveau pouvoir burkinabè n’était pas prêt et opérationnel contre le terrorisme, pour les raisons que tout le monde dont les occidentaux connaît parfaitement, le soutien et le relais occidentaux, en termes de vigilance et renseignements étaient même encore plus utiles et nécessaires à ce moment que d’ordinaire !

Si les nouvelles autorités burkinabè pouvaient sembler trop s’attarder à savourer leur victoire électorale, ou à tergiverser sur des maroquins à trois têtes (tripole oblige !), au point de manquer d’équipe gouvernementale (annoncer le combat à venir sans l’équipe de combat était plutôt imprudent, et ce n’est pas parce que la loi n’impose pas de délai pour former un gouvernement que l’on doit prendre tout son temps pour en former, à cause précisément de catastrophes comme les attaques terroristes qui, elles, n’attendent pas ni ne préviennent ! ), l’aide et le soutien des occidentaux auraient aussi bien pu consister alors à réveiller ces nouveaux dirigeants burkinabè de leur sommeil euphorique prolongé (quand deux amis veillent ensemble contre un ennemi commun, si l’un s’endort, l’autre peut le réveiller ou redoubler seul de vigilance, sauf s’il s’endort à son tour) ! Comme une amicale piqûre de rappel à la vigilance …

Autrement dit, nul besoin d’accuser et de culpabiliser et la Transition, et les nouvelles autorités burkinabè (au point de regretter Compaoré-Diendéré-RSP, tournons cette page, sauf si certains masochistes préfèrent la kalach burkinabè à la kalach jihadiste, comme s’il ne s’agissait pas de deux kalach de terreur !), ni les puissances occidentales en particulier : les attaques de Ouaga, après celles de Bamako, sont un échec de tous les renseignements, burkinabè ET occidentaux ; un échec de plus qui traduit une impuissance collective face au terrorisme, même si la guerre se poursuit…

2) En revanche, quant à l’expertise des occidentaux, il est indéniable qu’elle est d’une aide et d’un secours inestimables pour nos États démunis : puissance de feu, expertise dans les enquêtes, etc. Oui, mais QUAND cette aide arrive-t-elle à chaque fois ?? APRÈS OU PENDANT LES ATTAQUES !! Autrement dit TROP TARD, après (le) coup (et quel coup !). Une aide à la fois précieuse et inutile, car elle n’intervient que quand le mal est déjà fait, quand la mort et la désolation ont déjà frappé. Une aide dont les africains se seraient bien passés, toute précieuse qu’elle soit.

LA question fondamentale est précisément là, et que nos États et nos dirigeants devraient, devront forcément, se poser avec leurs amis occidentaux : n’avons-nous pas plus besoin de l’aide d’avant coup (et avant le coup) que d’après coup (et après le coup) ?? Question donc, non pas de la nécessité de l’aide occidentale, mais de sa temporalité, selon l’avant et l’après des attaques. Non plus, on ne veut pas dire par là que cette aide n’arrive jamais assez vite, mais qu’au contraire elle n’est prompte et rapide qu’après et pas avant les attaques…

C’est un enfant du pays dit des « hommes intègres », pour ne pas dire L’enfant du pays, qui disait que l’aide qui ne nous aide pas à nous passer de l’aide n’est pas une aide. Disons ici et aujourd’hui : l’aide toute précieuse des amis occidentaux qui n’aide pas nos États déjà pauvres à éviter de prendre des coups terroristes (attaques), parce qu’elle vient après coup et pas avant, n’est pas l’aide dont nous aurions bien besoin. Ou bien : si les occidentaux sont bien ceux qui nous aident contre les attaques du terrorisme jihadiste, mais nous attirent aussi ces attaques contre lesquelles nous n’avons pas ou moins d’aide d’eux si ce n’est après les attaques, alors nous devons nous interroger avec eux sur l’utilité de cette aide.

Autrement dit, si les puissances occidentales et leur présence sur nos sols, pour cause de terrorisme pourtant, ne sont jamais évoquées pour plutôt pointer les insuffisances de nos renseignements africains et burkinabè en particulier (que ces mêmes occidentaux connaissent et forment !), mais évoquées et volontiers médiatisées lorsque ces mêmes puissances nous apportent leur aide après coup quand il y a déjà attaques ; si donc la présence des occidentaux chez nous ne se remarque que quand nous sommes déjà frappés et pas avant, si encore cette présence occidentale chez nous exprime plus leur puissance impériale que leur impuissance à nous aider davantage avant les attaques qu’après, alors nos États africains et nos dirigeants doivent avoir le courage souverain de renoncer à l’aide et à la présence de ces puissances occidentales, dans la seule mesure où cette présence occidentale ne nous empêche pas d’être frappés et signifie même que nous sommes déjà frappés.

Indéniablement, l’intérêt des pays occidentaux présents en Afrique n’est pas D’ABORD d’empêcher que des africains et des ressortissants occidentaux pourtant cibles privilégiées des terroristes meurent du terrorisme, mais d’empêcher des terroristes de partir d’Afrique pour tuer en occident. D’où la priorité temporale de l’aide précieuse des après-attaques qui sert grandement à justifier et légitimer du même coup leur présence anti-terroriste dans les pays africains : regardez comment nous sommes très utiles aux africains UNE FOIS QU’ils sont attaqués, DONC nous DEVONS être présents en Afrique.

Mais si les africains doivent mourir du terrorisme chez eux, faute de renseignements, pour que les occidentaux n’en meurent pas, non pas chez nous, mais chez eux en occident, les dirigeants africains et burkinabè doivent renverser cet ordre de priorité temporale , qui est l’ordre des choses que chacun voit , pour instaurer, avec les occidentaux, un ordre des raisons basé prioritairement sur l’AVANT-attaques : très exactement comme les occidentaux eux-mêmes suivent cet ordre des raisons en occident en renforçant et perfectionnant les renseignements dont les…renseignements en Afrique où ils sont présents !… Les africains doivent le savoir une fois pour toutes : les renseignements que les puissances occidentales recueillent et collectent en Afrique sur les terroristes sont D’ABORD pour les pays occidentaux, pas pour les africains…

Comme toute action ou tout projet, la présence des puissances occidentales au Burkina en particulier doit être régulièrement évaluée dans ses résultats et son efficacité surtout avant les attaques et pas uniquement après celles-ci, selon les gains et les pertes pour nos pays en matière de sécurité. Si les pertes et risques l’emportent sur les avantages, nos dirigeants doivent avoir le courage de se passer des puissances occidentales, non par anti-occidentalisme, mais pour notre propre sécurité, chacun recherchant et connaissant son intérêt bien compris. Cela suppose alors d’affronter la question : comment, pour nous burkinabè et africains, lutter contre le terrorisme sans une présence des occidentaux chez nous ?

Cela appelle à nous inventer un système de renseignements visibles et invisibles rigoureux et efficace. Or une telle organisation ne peut qu’être POPULAIRE . Je ne crois pas un seul instant à une lutte contre le terrorisme par les institutions ou instances en Afrique, parce qu’il est archi connu que nos institutions sont faibles, pauvres et laxistes. Les pays occidentaux luttent contre le terrorisme par des institutions parce qu’ils les ont fortes, rigoureuses et disciplinées, sans être infaillibles non plus, pour que les citoyens vaquent à leurs occupations en relative sécurité .
Nos pays n’ont pas les moyens d’entretenir des institutions coûteuses pour contrer le terrorisme, alors que d’autres urgences s’imposent. Par contre au Burkina nous avons encore, et malgré ce qui est dit ici ou là depuis la Révolution de 2014, à la différence du Mali voisin déchiré par son nord, un lien social sans divisions religieuses qui permet de bâtir un système populaire de renseignements visibles. Ainsi pourraient se créer des comités de vigilance et de résistance avec des jeunes patriotes, dans toutes les localités frontalières du Mali et du Niger, et au sein des mosquées, pour surveiller, identifier et enregistrer systématiquement toutes nouvelles arrivées et présences.

Impliquer et responsabiliser de même TOUS les professionnels de la location de véhicules : pas de location de véhicule sans la copie d’une pièce d’identité valide (car même fausse, cette identité est déjà un indice, une piste pour l’enquête !), même si le client est milliardaire, car la sécurité prime sur les affaires, et il n’y a de toutes façons pas d’affaires à faire sans sécurité ! L’on a bien vu que laisser partir un client avec chauffeur n’assurait rien du tout : imposer un chauffeur c’est bien, mais encore faut-il savoir QUI il conduit !…

Les services téléphoniques de numéros verts ne seront pas efficaces, s’il n’y a personne pour y donner rapidement suite. Seules des personnes mobiles, capables de se déplacer rapidement pour constater des anomalies et les transmettre pour analyse aux forces de sécurité pourraient être efficaces dans la vigilance anti-terroriste. Et se contenter de renforcer les seules forces de défense et de sécurité est une demi-mesure quand l’on sait que ces forces avaient et ont déjà bien du mal à lutter seules contre l’insécurité bandite, à plus forte raison contre l’insécurité jihadiste !…

Ces petits comités (et non un comité central qui serait une institution ou une instance nationale figée et statique, vouée inévitablement à l’inefficacité faute de rigueur comme d’habitude !) incarneraient et pérenniseraient l’élan patriotique et vigilanciel issu de la Révolution d’octobre 2014. Il nous faut des sortes de CDR(!) du renseignement anti-terroriste visible, en lien et intelligence avec des services de renseignement plus invisibles et plus techniques, des jeunes patriotes intègres, disciplinés et sans armes (pour éviter excès et dérives).

Bref, des comités populaires et patriotiques de vigilance et de renseignements dans tous les lieux sensibles du territoire. Et peut-être faire d’une pierre deux coups : employer des jeunes et lutter contre les infiltrations terroristes dans notre pays. Cela, nous pouvons le mettre en place au Faso indépendamment de la présence des puissances occidentales sur notre sol…

Kwesi Debrsèoyir Christophe DABIRE

Source: leFaso.net
Samedi 23 janvier 2016

Erythrée : le président ne croit pas à une crise alimentaire malgré la sécheresse

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Malgré la sécheresse qui menace son pays, le président Isaias rejette le principe d’une aide internationale, préférant suivre une politique d’auto-suffisance.

Le président Isaias Afwerki a assuré samedi qu’aucune crise alimentaire ne menaçait l’Erythrée malgré la grave sécheresse qui frappe des millions de gens dans son pays comme dans le reste de la Corne de l’Afrique.

La région est victime du phénomène d’El Nino qui fait alterner inondations et déficit de pluies, provoquant une augmentation du nombre de gens souffrant de la faim.

Mais le régime autoritaire et isolationniste du président Isaias rejette le principe d’une aide internationale, préférant suivre une politique d’auto-suffisance.

« Eu égard à l’insuffisance des récoltes qui touche toute la région de la Corne de l’Afrique, le président Isaias a déclaré que le pays ne sera pas victime de crise en dépit d’une diminution de la production agricole », a rapporté le ministère de l’information.

Le président Isaias a rendu hommage à « la politique judicieuse et à l’approche consistant à augmenter les réserves alimentaires stratégiques » suivies par le gouvernement.

En novembre, les Nations unies avaient averti que l’Erythrée figurait parmi les pays à risque, au même titre que les autres nations de la région.

« Le phénomène d’El Nino en cours, le plus important jamais enregistré, a provoqué une grave sécheresse dans ce pays de la Corne de l’Afrique, avec une baisse des récoltes de 50 à 90%, et même l’absence de récolte dans certaines régions », avait déclaré l’ONU.

Les Nations unies estimaient alors que plus de 10 millions de gens avaient besoin d’une aide alimentaire en Erythrée.

Très peu, voire aucune grande organisation caritative n’est autorisée à travailler en Erythrée, un pays où l’ONU n’a qu’un accès limité. La plupart des estimations sur la situation interne dépendent des informations d’origine gouvernementale.

Des milliers de gens fuient le pays chaque mois en raison de violations des droits de l’homme et d’un service militaire à durée indéterminée.

L’Erythrée constitue le troisième pays le plus représenté parmi les réfugiés qui tentent de gagner l’Europe, après les Syriens et les Afghans.

VOA avec AFP | 23-01-2016

Gbagbo et Blé Goudé seront demandés s’ils « plaident coupables ou non coupables» à l’ouverture de leur procès

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La Cour pénale internationale (CPI) a expliqué, vendredi, les dispositions pratiques pour l’ouverture le 28 janvier prochain du procès de l’ex-Chef de l’Etat ivoirien Laurent Gbagbo et son ancien ministre Charles Blé Goudé (quel drôle de ministre ! ndlr), annonçant que les deux accusés « se verront demander s’ils plaident coupables ou non coupables ».

Dans un communiqué transmis à APA, l’ouverture du procès est « programmée pour le jeudi 28 janvier 2016, à 9h30 (heure locale à La Haye) devant la Chambre de première instance de la Cour pénale internationale (CPI), composée de M. le juge Cuno Tarfusser (Italie), juge président, Mme la juge Olga Herrera Carbuccia (République dominicaine) et M. le juge Geoffrey Henderson (Trinité-et-Tobago) ».

Le procès débutera par la lecture des charges portées à l’encontre des deux accusés. Les juges vérifieront que les accusés comprennent la nature des charges à leur encontre. « MM. Gbagbo et Blé Goudé se verront demander s’ils plaident coupable ou non coupable », annonce la CPI.

Des déclarations liminaires orales seront présentées par le Bureau du Procureur, les équipes de la Défense, ainsi que les Représentants légaux des victimes, avant le début de la présentation des éléments de preuve de l’Accusation.

Laurent Gbagbo, ancien Président de la Côte d’Ivoire, a été remis à la CPI le 30 novembre 2011 et sa première comparution devant la Chambre préliminaire I a eu lieu le 5 décembre 2011. Le 12 juin 2014, la Chambre préliminaire I a confirmé, à la majorité, quatre charges de crimes contre l’humanité (meurtre, viol, autres actes inhumains ou é à titre subsidiaire é tentative de meurtre, et persécution) à son encontre et l’a renvoyé devant une chambre de première instance pour y être jugé.

Charles Blé Goudé, né le 1er janvier 1972 à Niagbrahio, en Côte d’Ivoire, a été remis à la CPI le 22 mars 2014 par les autorités ivoiriennes suite à un mandat d’arrêt délivré par la CPI le 21 décembre 2011.

L’audience de confirmation des charges a eu lieu du 29 septembre au 2 octobre 2014. Le 11 décembre 2014, la Chambre préliminaire I a confirmé quatre charges de crimes contre l’humanité que constituent le meurtre, le viol, les autres actes inhumains ou é à titre subsidiaire é la tentative de meurtre, et la persécution à l’encontre de M. Blé Goudé et l’a renvoyé en procès devant une chambre de première instance.

Source : Abidjan.net
Publié le samedi 23 janvier 2016  |  APA

Cameroun. Les autorités doivent abandonner les accusations de « non-dénonciation » portées contre trois journalistes

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Communiqué de presse conjoint : Amnesty International et Reporters Sans Frontières

Les autorités camerounaises doivent abandonner immédiatement et sans condition toutes les charges retenues contre trois journalistes accusés de n’avoir pas divulgué des informations et leurs sources, ont déclaré Amnesty International et Reporters sans frontières à la veille de leur procès devant un tribunal militaire.

Les journalistes Baba Wame, Rodrigue Ndeutchoua Tongue et Félix Cyriaque Ebolé Bola doivent (devaient, ndlr) comparaître devant un tribunal militaire à Yaoundé vendredi 22 janvier. Ce sont les premiers journalistes accusés du crime de « non-dénonciation » à être jugés devant un tribunal militaire.

Ils enquêtaient sur des informations faisant état de collusion entre des membres des forces de sécurité et le dirigeant d’un groupe armé de la République centrafricaine, qui avait été accusé d’avoir attaqué une ville dans l’est du Cameroun. Ils sont accusés de ne pas avoir partagé des informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale.

« Accuser des journalistes parce qu’ils ont respecté l’éthique de leur profession constitue une violation du droit à la liberté d’expression et un tournant inquiétant au Cameroun », a déclaré Stephen Cockburn, directeur adjoint pour la région Afrique de l’Ouest et centrale à Amnesty International.

S’ils sont déclarés coupables, les trois journalistes pourraient être condamnés à des peines de prison comprises entre un et cinq ans, et à une amende comprise entre 50 000 et 5 millions de Francs CFA (entre 76 et 7620 euros).

Après avoir reçu des documents sur l’affaire présumée, les journalistes avaient adressé un courrier à la police pour obtenir de plus amples informations. N’ayant pas reçu de réponse, ils ont abandonné l’enquête et n’ont pas publié leur article.

En octobre 2014, ils ont tout d’abord été inculpés au titre de l’article 107 du Code pénal du Cameroun, et placés sous contrôle judiciaire : ils devaient se présenter toutes les semaines au poste et n’étaient pas autorisés à publier dans les médias. Ils ont nié avoir découvert des informations susceptibles de compromettre la sécurité nationale et affirment vouloir protéger leurs sources.

« Le Code pénal du Cameroun doit être modifié dans le respect des normes internationales en vue de protéger la liberté d’expression et la confidentialité des sources. La population a le droit d’être informée et la sécurité nationale ne doit pas être invoquée comme prétexte pour empêcher les journalistes de faire leur travail », a déclaré Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique à Reporters sans frontières.

Le Cameroun a ratifié la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qui garantissent tous deux la protection des journalistes et de leurs sources.

Source: Amnesty International
Vendredi 22 janvier 2016