JOURNALISTE TUÉ EN GUINÉE: 3 AUTRES MILITANTS DE L’OPPOSITION GARDÉS À VUE

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Trois autres militants de l’opposition en Guinée ont été placés en garde à vue samedi, dans le cadre de l’enquête sur la mort d’un journaliste guinéen dans des heurts entre partisans de responsables rivaux, a-t-on appris auprès d’un avocat de cette formation.

Ces trois militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), principal parti d’opposition en Guinée, ont été placés en garde après avoir été auditionnés pendant plusieurs heures par la gendarmerie, a déclaré à l’AFP Me Salifou Béavogui, un avocat de l’UFDG.

Ils portent à vingt le nombre de militants de l’opposition arrêtés, après les « 17 autres » placés en garde jeudi dans une brigade de gendarmerie de Conakry, a indiqué M. Béavogui.

Le chef de l’UFDG, l’ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, et d’autres partisans de cette formation ont également été auditionnés samedi, en même temps que les trois militants, puis laissés libres.

Ces derniers font partie des jeunes volontaires qui assurent le maintien d’ordre au sein de l’UFDG lors des manifestations politiques, a expliqué à l’AFP un responsable de cette formation.

Me Béavogui a une nouvelle fois dénoncé des enquêtes « orientées uniquement vers un seul camp, celui de M. Dalein Diallo, ignorant systématiquement les partisans de son rival et ex-vice-président (de l’UFDG) Amadou Oury Bah ».

M. Bah a été entendu seul pendant trente minutes vendredi avant d’être autorisé à partir, a-t-on appris samedi auprès de la gendarmerie.

El Hadj Mohamed Diallo, collaborateur des médias privés Guinée7 et L’Indépendant, a été blessé par balle le 5 février dans des heurts devant le siège de l’UFDG impliquant la garde civile du parti et des partisans d’Amadou Oury Bah, exclu par l’UFDG.

Le journaliste a succombé à ses blessures à l’hôpital.

Une information judiciaire « contre X pour homicide volontaire » a été ouverte peu après son décès. Le 8 février, le ministre de la Justice Cheick Sako a fait état d’auditions, qui ont concerné notamment Cellou Dalein Diallo et Amadou Oury Bah, sans plus de détails.

Par IZF.net : http://www.izf.net
Dimanche 14 février 2016

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Haïti : le Parlement élit un président provisoire mais la crise n’est pas réglée

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Le parlement de Haïti a élu dans la nuit de samedi à dimanche Jocerlerme Privert président provisoire, une procédure inédite face au vide institutionnel créé par le report des élections qui a plongé le pays le plus pauvre des Amériques dans une grave crise politique.

Celui qui était jusqu’à samedi le président du sénat va donc assurer la succession de Michel Martelly, qui a achevé son mandat le 7 février sans transmettre le pouvoir à un successeur, à cause du report sine die du second tour de la présidentielle lié à des contestations de l’opposition.

Dans un accord signé quelques heures avant la fin du mandat de M. Martelly, le parlement avait reçu pour mission d’élire, pour un mandat limité à 120 jours, un président provisoire.

C’est la première fois depuis 1946 qu’un chef de l’Etat haïtien est choisi par une élection indirecte.

Jocelerme Privert, 62 ans, a pour mission d’achever le processus électoral qui a été interrompu en raison des nombreuses contestations de l’opposition qui avait dénoncé un « coup d’état électoral » fomenté par Michel Martelly.

Quelques heures avant son élection, Jocelerme Privert a assuré qu’il allait former un « gouvernement de consensus capable d’inspirer confiance et capable de créer la paix pour la poursuite du processus électoral ».

Le second tour de l’élection présidentielle et les législatives partielles, prévues initialement le 27 décembre, ont été reportées sine die à la suite des contestations de l’opposition qui dénonçait « un coup d’Etat électoral » fomenté par le pouvoir exécutif.

Au premier tour du scrutin présidentiel le 25 octobre, le candidat du pouvoir, Jovenel Moïse, avait recueilli 32,76% des voix, contre 25,29% pour Jude Célestin, qui a qualifié ces scores de « farce ridicule ».

Jocelerme Privert renoue avec le pouvoir exécutif qu’il avait quitté brusquement en 2004 suite au départ en exil du président Jean-Bertrand Aristide.

Il a passé une trentaine d’années au sein de la direction générale des impôts, qu’il a quittée alors qu’il en était le directeur pour devenir, en 2002, ministre de l’Intérieur.

Dans les troubles qui ont suivi la fin précipitée du mandat présidentiel de Jean-Bertrand Aristide, après des manifestations populaires et sous la menace d’une armée rebelle, Jocelerme Privert est arrêté le 4 avril 2004 pour sa participation présumée au massacre de la Scierie de Saint-Marc.

Selon les organisations haïtiennes de défense des droits de l’Homme, des dizaines de personnes ont été tuées en février 2004 dans la ville de Saint-Marc, bastion de l’opposition d’alors.

Jocelerme Privert passe 26 mois en prison et, après une grève de la faim, il est libéré. Il signe son retour en politique à l’occasion des élections législatives de 2010.

Mission délicate

Sa mission aujourd’hui s’annonce délicate car le délai imparti pour la réalisation des élections est très limité.

Le président provisoire doit d’abord choisir comme Premier ministre une personnalité capable de satisfaire les attentes de la classe politique très polarisée.

Alors que la politique générale du futur cabinet devra obtenir l’approbation des députés et sénateurs, l’autre défi pour la classe politique et la société civile haïtienne est de parvenir à former rapidement un nouveau conseil électoral (CEP).

Cette administration en charge de l’organisation des scrutins doit être recomposée car six de ses neuf membres ont démissionné. Et former un CEP a toujours été l’occasion de tensions, le pouvoir exécutif ayant été accusé de vouloir contrôler l’institution.

De plus, les opposants les plus farouches au président Martelly, qui ont protesté pendant des mois contre le processus électoral, ont déjà fait savoir, en défilant vendredi dans les rues de Port-au-Prince, qu’ils refusaient de voir le résultat de leur lutte confisqué par le Parlement.

Ces manifestants voyaient d’un mauvais oeil la candidature de Jocelerme Privert, accusant le pouvoir législatif « d’instaurer une aristocratie qui serait juge et partie à la fois. »

Et l’instabilité politique aggrave encore l’inflation qui pénalise en premier ordre les 60% d’Haïtiens vivant sous le seuil de pauvreté.

De plus, la sécheresse sévit depuis plusieurs mois et que, selon le Programme alimentaire mondial, « quelques 3,6 millions d’Haïtiens souffrent de la faim, dont 1,5 million sont en situation d’insécurité alimentaire sévère. »

Par VOA avec AFP | 14-02-2016

Présidentielle en RCA: un scrutin crucial qui s’annonce serré

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Près de deux millions de Centrafricains sont appelés aux urnes ce dimanche pour départager les deux finalistes de l’élection présidentielle, Anicet Georges Dologuélé et Faustin Archange Touadéra. Ils devront également revoter pour le premier tour des législatives, annulé en raison des nombreuses fraudes et irrégularités qui avaient entaché le scrutin.

Entre les deux prétendants à la présidence, le vote s’annonce serré. Arrivé en tête du premier tour avec 23,78 % des voix, Anicet Georges Dologuélé, à la tête de sa propre formation l’URCA, peut compter sur l’appui de Désiré Kolingba, qui avait pris la troisième place du scrutin avec 12,04% des suffrages. Son parti, le RDC, est l’un des mieux implantés du pays.

Son adversaire, Faustin Archange Touadéra, crédité de 19,42%, est lui parvenu à rallier le soutien d’une vingtaine de candidats malheureux dans une volonté affichée de large ouverture, dont Martin Zinguélé, arrivé quatrième avec un score de 11,43%. Mais difficile de savoir à quel point les consignes de report seront suivies par les électeurs.

Le financier et l’universitaire, tous deux 58 ans, ont en commun d’avoir été Premier ministre, mais ils rejettent tout autre comparaison.

Eviter le scénario du 30 décembre

Les Centrafricains voteront aussi, à nouveau, pour le premier tour des législatives, annulé par la Cour constitutionnelle. Les magistrats ont estimé que le scrutin du 30 décembre dernier avait été entaché de trop d’irrégularités pour être validé.

Les observateurs des deux camps seront présents dans tous les bureaux de vote pour veiller au bon déroulement des opérations et éviter une répétition du scénario du premier tour. L’ANE, l’autorité organisatrice du scrutin, est attendue au tournant. Mais du côté des autorités, on assure que les erreurs de décembre ont été corrigées. Le matériel a été acheminé à temps et les membres de bureaux défaillants remplacés ou formés davantage.

Samba-Panza lance un avertissement

« Des mesures correctives ont été prises pour éviter que ces irrégularités se reproduisent », a assuré samedi la présidente de transition. Dans un discours à la nation, Catherine Samba-Panza a appelé tous les Centrafricains à la responsabilité, leur demandant de se rendre massivement aux urnes, mais surtout « de le faire dans le respect du code électoral et du code de bonne conduite ».

Et la présidente de conclure par cette mise en garde : « Nous ne pouvons plus nous permettre le risque d’une autre annulation, nous entraînerions de ce fait notre pays dans le chaos. »

J’en appelle aux leaders d’opinion, aux partis politiques de bannir du rang de leurs partisans les actes et les comportements susceptibles d’attiser des tensions politiques et inter-communautaires.

Par RFI
Publié le 13-02-2016

2016, ANNÉE ÉLECTORALE EN AFRIQUE

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L’année 2016 sera une année charnière en Afrique avec pas moins de 16 élections présidentielles, à commencer par un second tour très ouvert dimanche en Centrafrique, afin de sortir ce pays très pauvre de trois ans de violences intercommunautaires.

Tour d’horizon des principaux scrutins:

Centrafrique: un second tour serré (14 février)

Deux anciens Premiers ministres, Anicet-Georges Dologuélé et Faustin Archange Touadéra, sont au coude à coude pour prendre la succession de la présidente de transition Catherine Samba-Panza. Le vainqueur devra tenter de sortir le pays du cycle infernal de représailles entre la rébellion à majorité musulmane de la Séléka et les miliciens majoritairement chrétiens anti-balaka et de redonner espoir à l’une des populations les plus pauvres au monde.

Ouganda: Museveni s’accroche (18 février)

Au pouvoir depuis 1986, le président Yoweri Museveni (71 ans) apparaît favori face à son éternel rival, l’opposant Kizza Besigye, chef du Forum pour le changement démocratique (FDC), qu’il a déjà battu à trois reprises (en 2001, 2006 et 2011). Ancien cacique du pouvoir, l’ex-Premier ministre Amama Mbabazi, tombé en disgrâce en 2014, est également sur les rangs.

Niger: Issoufou et ses 4 challengers (21 février)

Le président Mahamadou Issoufou, qui brigue un second mandat, a promis à ses partisans une victoire « dès le premier tour ». Pour lui faire barrage, quatre candidats de l’opposition – Seïni Oumarou, Mahamane Ousmane, Amadou Boubacar Cissé et Hama Amadou (incarcéré depuis plus de deux mois dans une affaire de trafic présumé de bébés)- se sont engagés à appeler à voter pour celui qui serait le mieux placé en cas de second tour.

Comores (21 février)

Vingt-cinq candidats sont en lice pour la présidentielle, dont l’ex-président Azali Assoumani qui a dirigé le pays de 2002 à 2006.

Bénin: Boni Yayi raccroche (6 mars)

Au terme de deux mandats, la succession de Thomas Boni Yayi est ouverte au Bénin, rare pays d’Afrique où semble s’installer le principe de l’alternance. A la surprise générale, le président sortant a adoubé le banquier d’affaires franco-béninois, Lionel Zinsou, 62 ans, nommé Premier ministre en juin. Ce dernier est également soutenu par le principal parti d’opposition, le Parti du renouveau démocratique (PRD). Le patron des patrons, Sébastien Ajavon, apparaît comme son principal rival.

Congo-Brazzaville: Sassou vise un 3e mandat (20 mars)

Après un changement de constitution contesté par ses opposants, Denis Sassou Nguesso, qui cumule près de 32 ans à la tête du Congo, entend solliciter un troisième mandat. Ses adversaires politiques espèrent le forcer à un second tour mais ne présenteront pas de front commun. Outre M. Sassou Nguesso (72 ans), huit candidats se sont déclarés, parmi lesquels des opposants de longue date, des transfuges de la majorité ou encore le général Jean-Marie Michel Mokoko, ancien chef d’état-major des armées.

Djibouti: possible boycott de l’opposition (avril)

Le président Ismaël Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, brigue à 68 ans un quatrième mandat. L’Union pour le salut national (USN), la coalition de l’opposition, n’a pas encore décidé si elle prendrait part à l’élection et quel serait son candidat. La Constitution, amendée en 2010, ne limite plus le nombre de mandats présidentiels.

Tchad: Deby vers un 5e mandat (10 avril)

Au pouvoir depuis 25 ans, Idriss Deby Itno, se présente pour un cinquième mandat, après avoir été choisi comme candidat par le Mouvement patriotique du Salut (MPS, au pouvoir). Dirigeant son pays d’une main de fer, il laisse peu de marge de manoeuvre à ses opposants. Deux d’entre eux, Kassire Coumakoye et Malloum Yobode, se sont cependant déclarés candidats et devraient être rejoints par le chef historique de l’opposition, Saleh Kebzabo.

Gabon: Bongo favori (août)

Ali Bongo, 57 ans, devrait prochainement se déclarer candidat à un deuxième mandat. Face à une opposition désunie, il partira favori de l’élection à un tour, qui devrait se tenir entre août et octobre. La famille Bongo dirige le pays pétrolier depuis 1968, date de l’accession au pouvoir du père, Omar Bongo.

Zambie: retour aux urnes (11 août)

Elu en janvier 2015 pour achever le mandat du président Sata, décédé quelques semaines plus tôt, Edgar Lungu, 59 ans, a l’intention de se représenter. Il a modifié la Constitution : désormais, un candidat doit obtenir la majorité absolue des suffrages pour être élu.

Ghana: vers un nouveau duel Mahama/Akufo-Addo (7 novembre)

Le président John Dramani Mahama a déjà annoncé qu’il serait candidat à sa succession dans ce pays souvent cité comme un exemple de stabilité et de démocratie dans une région turbulente. Son parti, le Congrès démocratique national (NDC) a approuvé sa candidature à plus de 95%. Malgré un bilan assombri par un alourdissement de la dette et une dépréciation de la devise ghanéenne M. Mahama, 56 ans, va à nouveau affronter Nana Akufo-Addo, du Nouveau parti patriotique (NPP), son principal adversaire en 2012.

Guinée équatoriale: Obiang innamovible (novembre)

Teodoro Obiang Nguema, 73 ans dont 36 à la tête de son pays, sera candidat à sa succession pour la présidentielle, dont la date exacte n’est pas encore annoncée. Riche pays pétrolier à la population très pauvre, son régime corrompu est régulièrement dénoncé pour ses violations des droits de l’Homme et sa répression de l’opposition.

Gambie: pas de limite de mandats pour Jammeh (1er décembre)

A seulement 50 ans, Yahya Jammeh règne en maître depuis 1996 sur son pays, enclavé dans le Sénégal à l’exception de sa façade maritime, et récemment déclaré « Etat islamique ». Réélu trois fois (en 2001, 2006 et 2011), il a fait adopter en 2002 un amendement constitutionnel supprimant la limite du nombre de mandats.

L’inconnue de la RDC

Le deuxième mandat de Joseph Kabila, 44 ans, s’achève en décembre mais l’opposition le soupçonne de tout faire pour contourner l’interdiction constitutionnelle qui lui est faite de se représenter. Une coalition d’opposants a appelé à une grève générale le 16 février pour adresser un « avertissement » au chef de l’État. Celui-ci entretient le mystère sur ses intentions, mais plusieurs responsables de la majorité demandent une période de transition de deux à quatre ans, nécessaire selon eux pour organiser des élections fiables dans ce pays de 85 millions d’habitants.

Par Marie WOLFROM avec les bureaux africains de l’AFP Paris
Publié le 13 février 2016

Source: http://www.izf.net/afp/2016-annee-electorale-en-afrique

Libye: les Occidentaux réclament un gouvernement d’union au plus vite

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Munich (Allemagne) – Les Occidentaux ont mis la pression samedi sur les factions libyennes pour qu’elles mettent enfin en place un gouvernement d’union nationale, sur fond de chaos et de montée de l’Etat islamique.

« Il n’y a plus de temps à perdre pour que ce gouvernement d’union nationale puisse prendre ses fonctions et s’installer à Tripoli en toute sécurité », a souligné le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, à l’issue d’une réunion à Munich (sud de l’Allemagne) sur l’avenir de la Libye avec notamment ses homologues américain, allemand et italien. 

« Ce qui se passe à quelques centaines de kilomètres de l’Italie ne peut nous être égal en Allemagne et en Europe (…) et ça ne nous est certainement pas égal quand, à côté de l’Europe, les milices terroristes du groupe Etat islamique prennent pied », a de son côté martelé le ministre allemand, Frank-Walter Steinmeier, dans un communiqué. 

Lors de cette réunion, les chefs de la diplomatie américaine, française, allemande, italienne, égyptienne, de l’UE et l’émissaire de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, ont exhorté le président du Parlement de Tobrouk (est) reconnu par la communauté internationale, Aguila Saleh, à approuver le gouvernement d’union nationale. 

« Nous avons (…) indiqué que nous attendions beaucoup de lui pour qu’il apporte son soutien et l’investiture de la Chambre des représentants au projet de gouvernement qui est en cours de préparation », a souligné M. Ayrault. 

« Notre message est : le temps des manoeuvres tactiques est passé, maintenant il est temps de faire preuve de responsabilité pour la Libye », a souligné M. Steinmeier. 

« Il faut aller vite, aussi vite que possible (…) Il en va de l’intérêt des Libyens, de l’intérêt et de la sécurité des pays de la région et il en va aussi de la sécurité en Europe », a renchéri M. Ayrault. 

Ceux qui « s’opposeront » à ce processus politique se verront infliger des « sanctions » de la part de la communauté internationale, a mis en garde le ministre français. 

Ces appels interviennent alors que le Conseil, composé de neuf membres de factions rivales libyennes et dirigé par Fayez al-Sarraj, un homme d’affaires appelé à devenir le futur Premier ministre, a jusqu’à dimanche pour former le gouvernement dans le cadre de discussions à Skhirat, au Maroc. 

Un premier gouvernement de 32 ministres avait été rejeté le 25 janvier par le Parlement reconnu par la communauté internationale. 

Le choix du ministre de la Défense entrave la formation d’une nouvelle équipe, le général controversé Khalifa Haftar, commandant des forces basées dans l’est du pays, craignant que la personne retenue ne lui fasse de l’ombre. 

La Libye, déchirée par le chaos politique – avec deux gouvernements rivaux, à Tobrouk et Tripoli – et les violences entre factions, est en outre confrontée à une montée en puissance du groupe Etat islamique (EI) le long de ses côtes. 

Les Occidentaux, inquiets de l’installation d’un bastion de l’EI à 300 kilomètres seulement de l’Europe, se disent prêts à contribuer au rétablissement de la sécurité en Libye à condition qu’un gouvernement d’union nationale en fasse la demande. 

Depuis la chute du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est aussi devenue une base arrière pour les passeurs organisant les traversées de migrants vers l’Europe. 

Par L’Express et AFP
Publié le 13-02-2016

Présidentielle au Bénin: jamais sans mon féticheur

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Un portrait de prêtre vaudou peint avec peu de soin décore la façade du couvent. A l’intérieur trônent dans de petites cases plusieurs fétiches sur lesquels pourrissent des offrandes faites depuis plusieurs jours.

Il est midi et le bokonon (prêtre de fa et guérisseur) Dah Fagbédji Amangnibo Ehouzougbé, un peu crotté, avec un pagne ceint à la hanche, s’étire sur une natte. « Désolé de vous recevoir comme cela. Je viens de terminer les rituels du matin. Et je ne me suis pas encore lavé », lâche-t-il désinvolte, en langue fon, à notre arrivée.

Voilà donc le plus puissant des féticheurs de Kpomassé, une commune située à 66 km de Cotonou, la capitale économique du Bénin et à l’est de Ouidah, la cité du vaudou. Il prétend être connu du Sénégal au Nigeria. « Je suis connu parce que mes recettes marchent toujours. Dans la géomancie, la science divinatoire, je suis le premier. Les plantes aussi je connais. Si tu viens chez Fagbédji, tu ressors toujours gagnant sur tes ennemis ». La voix enrouée de ce sexagénaire qui affiche 37 ans d’expérience dans les gris-gris et le fétichisme n’est pas dénuée de prétention.

Les grandes forces occultes

A l’en croire, Dah Fagbédji a le pouvoir de guérir toutes sortes de maladies, de rendre riche et même de faire gagner un candidat à une élection. Si bien qu’il est très sollicité, tout comme ses collègues, à trois semaines du premier tour de la présidentielle béninoise, le 6 mars.

« En cette période, j’ai beaucoup de visites ! C’est les élections, dit Dah Fâgbédji pour justifier d’avoir reporté plusieurs fois notre rendez-vous avant de finalement nous accorder une audience. Les hommes politiques ont besoin d’être accompagnés. Il faut leur préparer des amulettes, des potions magiques pour que la victoire soit de leur côté. Tout ça prend du temps. »

Pendant qu’à Cotonou, les candidats mijotent des programmes de réformes économiques et sociales tout en négociant des alliances parfois surprenantes sur l’échiquier politique béninois, pendant que s’activent les communiquants de l’agence Havas ou Voodoo, leurs représentants vont discrètement solliciter les milliers de féticheurs que compte le Bénin. « C’est ainsi à chaque échéance électorale. Mais la présidentielle, c’est autre chose. Il faut faire intervenir les grandes forces occultes, parce que les enjeux sont plus importants », reconnaît le fils d’un bokonon à Ouidah.

Si la croyance populaire au Bénin veut qu’une grande personnalité ait derrière lui un puissant bokonon, poser la question aux intéressés crée une certaine gêne et peut être taxé d’impertinence. Pourquoi ? « Parce que les hommes politiques ne veulent surtout pas associer leur image à quelque chose qui, il faut le reconnaître, est rejeté par une bonne partie de l’électorat chrétien. Il ne faut pas prendre le risque », tente de justifier un observateur de la vie politique.

« Mais vous pensez que le premier ministre Lionel Zinsou serait sorti sain et sauf de son accident d’hélicoptère sans l’aide d’un esprit de l’ombre ?, réagit Dansou Hounnongan, secrétaire général du Syndicat national des médecins traditionnels et assimilés du Bénin (Synametrab). Ils sont conscients du rôle qu’on joue pour eux. »

Saintes nitouches

Les politiciens jouent aux saintes nitouches. C’est un regret pour le bokonon Fagbédji retranché dans son couvent à Kpomassé : « C’est pourtant nous qui faisons le boulot. Ils nous négligent. Mais la nuit tombée, ils garent leurs véhicules luxueux pour demander des services. »

Et ça marche réellement ? « Je vous jure qu’ils ont satisfaction. Moi je peux faire gagner les gens », insiste-t-il d’un ton sec. Pour être plus convaincant, Dah Fagbédji s’oblige à livrer une de ses recettes. « Pour faire gagner un homme politique, je dois avoir les noms des autres concurrents. Ensuite je prépare une poudre avec des feuilles, j’ai besoin de 41 musaraignes sur lesquelles je travaille en brousse pour rendre les autres détestables. A l’homme politique, je donne des amulettes qu’il doit mettre dans la poche pendant ses meetings. A chaque fois qu’il dira quelque chose, il sera toujours applaudi », dévide, dédaigneux, le féticheur en secouant la tête.

La discussion est interrompue par une visite. Une femme qui a des problèmes de sorcellerie dans sa famille. « C’est un problème récurrent pour lequel aussi je suis souvent consulté », lance-t-il pour reprendre la conversation laissée en suspens. Mais au moment de prendre congé de lui, il nous interpelle. La veille, des hommes politiques sont venus de la part d’un candidat. Ils lui ont demandé de travailler pour que « le candidat blanc » (Lionel Zinsou) échoue. « Je leur ai dit : “Moi je suis pour que le Blanc ne soit pas à la tête du pays. Si j’y arrive, pourriez-vous trouver des places à la douane béninoise pour mes deux fils qui sont au chômage ?” Ils m’ont dit qu’ils vont rendre d’abord compte à leur patron. »

Dansou Hounnongan n’est pas du même avis. Pour lui, Lionel Zinsou est le candidat qu’il faut pour que les animistes soient respectés : « Il nous aime et l’a prouvé le 10 janvier. L’autre, il nous a tout le temps évités. »

Ce 10 janvier se tenait à Savalou la 25e édition de la Fête des religions endogènes du Benin. Un rendez-vous créé en 1992 par le président Nicéphore Soglo et institué en jour férié en 1998 par son successeur Mathieu Kérékou. Il est conseillé de s’y rendre quand on a des ambitions politiques nationales, un enjeu qui n’a pas échappé au premier ministre candidat Lionel Zinsou, arrivé coiffé d’un bonnet traditionnel, accompagné de plusieurs ministres : « Nos religions sont une expression de notre volonté de paix, de notre volonté de confiance des uns envers les autres (…) On ne doit pas les décrier, il faut les pratiquer, a-t-il déclaré à la tribune. Nous devons moderniser, mais préserver nos traditions. Cette fête est une fête de paix que la République honore, parce que nos cultes sont nos traditions, et pour demain, elles sont notre paix. »

Par Hermann Boko

Par Le Monde.fr : http://www.lemonde.fr
Publié le 12.02.2016

Mali : le chef de la Minusma à Kidal après l’attaque meurtrière contre les Casques bleus

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Le chef de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma) a rendu visite samedi aux Casques bleus à Kidal (nord-est) au lendemain de l’attaque, revendiquée par les jihadistes d’Ansar Eddine, qui a tué six soldats guinéens de la Minusma, a-t-on appris auprès de cette force.

Le gouvernement guinéen a confirmé que six soldats de son contingent à la Minusma avaient été tués dans l’attaque menée vendredi matin contre un camp de l’ONU à Kidal, dans un communiqué diffusé samedi. Il a annoncé un deuil national de trois jours, à compter du dimanche 14 février, (qui) sera observé sur l’ensemble du territoire, au cours desquels les drapeaux de la République seront mis en berne.

Mahamat Saleh Annadif, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali, est arrivé samedi à Kidal pour apporter son soutien aux travailleurs de l’ONU et évoquer la sécurité de la Mission, a déclaré une source militaire africaine au sein de la Minusma, jointe par l’AFP à Kidal.

« Il est venu dans notre camp ici à Kidal. Il a été choqué par les conséquences de l’attaque. Il a remonté notre moral et promis de se pencher très rapidement sur le renforcement de la sécurité », a ajouté la même source.

Peu avant son départ pour Kidal, M. Annadif avait rendu visite à des Casques bleus blessés lors de l’attaque et transférés dans une clinique de Bamako, selon une source dans cet établissement.

Outre les six Casques bleus guinéens tués, un porte-parole du secrétaire général de l’ONU Ban ki-Moon a fait état d’une trentaine de blessés.

L’assaut, revendiqué par Ansar Dine, a fait des dizaines de morts et de blessés, a indiqué ce groupe jihadiste dans un communiqué diffusé vendredi soir par l’agence de presse privée mauritanienne Al-Akhbar.

M. Annadif, avait dénoncé, après cette attaque, « un acte odieux et irresponsable qui traduit le désarroi du camp des ennemis de la paix au Mali ».

Deux soldats guinéens de l’ONU avaient été tués fin novembre 2015 à Kidal dans une attaque à la roquette contre le camp de la Minusma, revendiquée par Ansar Eddine.

Trois soldats maliens ont également péri vendredi et deux autres blessés dans une embuscade dans la région de Tombouctou (nord-ouest).

La Minusma, déployée depuis juillet 2013, est la mission de maintien de la paix de l’ONU la plus coûteuse en vies humaines depuis la Somalie en 1993-1995.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda après la déroute de l’armée face à la rébellion, d’abord alliée à ces groupes qui l’ont ensuite évincée.

Ces groupes jihadistes ont été dispersés et en grande partie chassés du nord à la suite du lancement en janvier 2013 d’une intervention militaire internationale qui se poursuit.

Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, malgré la signature en mai-juin d’un accord de paix entre le gouvernement et l’ex-rébellion.

Par Jeune Afrique avec AFP
Samedi 13 février 2016