Côte d’Ivoire: le chef d’état-major demande « pardon » aux « Intouchables » de l’ex-rébellion, dont le QG a été la cible d’une attaque sanglante des mutins

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Le général Touré Sékou, chef d’état-major des Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI), s’est rendu jeudi 18 mai à Bouaké, épicentre de la mutinerie qui a secoué le pays, et a demandé « pardon » aux soldats démobilisés pour la mort d’un des leurs tué par les mutins, a-t-on appris des sources concordantes, dont l’AFP.

Samedi 13 mai, le quartier général des soldats qu’on appelle à juste titre les démobilisés ( pour avoir été non intégrés à l’armée régulière comme leurs ex-frères d’armes les « mutins millionnaires ») a été la cible d’une attaque des militaires qui se mutinaient pour réclamer les reliquats des primes promises par le gouvernement début janvier. Il y a eu un mort et plusieurs blessés.

Les auteurs de cette attaque sanglante, reprochaient aux démobilisés d’avoir déclenché une guerre de clocher, parce qu’ils revendiquaient des primes similaires aux leurs, et mettaient ainsi en péril leurs propres revendications.

C’est pour désamorcer leurs colères qui, ajoutées aux précédentes, risquaient de s’exploser, que le général Touré Sekou a assuré de sa compassion la famille et les camarades du défunt.

« Nous sommes tous choqués (…) je viens vous présenter les excuses de toute l’armée ». « Quand vous êtes père et que vous avez malheureusement de mauvais enfants, vous allez toujours avoir honte du comportement de ces enfants. Nous sommes venus ici pour vous demander pardon au nom de l’armée », a-t-il lancé dans la foule qui l’a ensuite ovationné.

Cette « demande de pardon », qui pourrait quadrupler la devise de Côte d’Ivoire (« Union-Discipline-Travail »), pourrait aussi apaiser la furie de ces rebelles démobilisés, dont l’un des porte-paroles, Amadou Ouattara, avait demandé le paiement de 18 millions de francs CFA de primes (27.000 euros).

« Comment comprendre que certaines personnes (les démobilisés) n’ont perçu que 800.000 FCFA (1.200 euros, lors de leur démobilisation) tandis que d’autres (les mutins) en plus d’être fonctionnaires, bénéficient de différentes primes (12 millions CFA, 18.000 euros)? », s’était-il interrogé.

Selon l’AFP,  les démobilisés avaient prévu entamer lundi « une grève de la faim jusqu’à la mort », au rond-point central de la ville où ils devraient exposer le corps de leur camarade tué, au lieu d’enterrer.

Mais, après l’intervention du général qui a promis de transmettre leurs doléances au président Alassane Ouattara, les porte-parole ont affirmé à l’AFP suspendre leur mouvement.

Les démobilisés, comme on les surnomme, et dont le nombre est estimé à 6 900, sont des anciens des Forces nouvelles, la rébellion qui a occupé le nord de la Côte d’Ivoire de 2002 à 2011 et soutenu l’actuel président Alassane Ouattara lors de la crises poste électorale de 2010-2011.

Le lundi 8 mai, ils avaient bloqué en début de matinée l’accès sud de la ville de Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, point de départ des mutineries qui ont secoué le pays en janvier.

Non armés, mais arborant de bandeaux rouges des ex-Forces nouvelles, dont ils étaient de vaillants combattants, ils scandaient « On veut nôtre part du gâteau ».

Dans la ville de Bouaké, ils n’ont pas bonne presse auprès de la population et de certains cadres qui n’ont d’estime que pour leurs propres égos.

« Ce sont des analphabètes et des bandits qui ont dilapidé tout l’argent qu’ils ont reçu », dénonçait un cadre à la préfecture, se faisant l’écho du ressenti d’une partie de la population, selon un envoyé spécial du Monde à Bouaké.

Et l’adjoint au maire, Zoumana Ouattara, refusant d’accorder aucun devoir de mémoire à leurs efforts dans la guerre civile de 2002, déplore les conséquences économiques qu’ils causent à la ville : « Ils bousillent l’image de la ville, résume sans fard l’élu. Les mutineries des militaires en janvier nous avaient déjà fait mal : la mairie a dû être fermée, des commerces aussi, les hôtels ont eu de nombreuses annulations ».

Les démobilisés, d’antan héros au sein de la population, sont considérés aujourd’hui comme les Intouchables de l’Inde, et ils en sont conscients. « Quand je postule à un travail, les gens ne veulent pas de moi car je suis un ex-rebelle. On dit que je suis une bombe ambulante, que je ne suis pas fiable, la société nous rejette ce qui nous empêche de nous réintégrer », se confiait, assis à l’ombre d’un arbre, au journaliste du Monde, un démobilisé trentenaire.

Kouroukanfouganews

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Auteur : Charles Coulibaly Nountché

Écrivain, poète, blogueur

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